02 décembre 2008
La lune s'attristait...
La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.
C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gaté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.Stéphane Mallarmé
18 novembre 2008
Novembre
Novembre
de François COPPÉE
Recueil : Les mois
***
Captif de l'hiver dans ma chambre
Et las de tant d'espoirs menteurs,
Je vois dans un ciel de novembre,
Partir les derniers migrateurs.
Ils souffrent bien sous cette pluie ;
Mais, au pays ensoleillé,
Je songe qu'un rayon essuie
Et réchauffe l'oiseau mouillé.
Mon âme est comme une fauvette
Triste sous un ciel pluvieux ;
Le soleil dont sa joie est faite
Est le regard de deux beaux yeux ;
Mais loin d'eux elle est exilée ;
Et, plus que ces oiseaux, martyr,
Je ne puis prendre ma volée
Et n'ai pas le droit de partir.

A propos de François Coppée
François Édouard Joachim Coppée est un poète, dramaturge et romancier français. Il est né le 26 janvier 1842 à Paris et s'est éteint le 23 mai 1908 à Paris.
F. Coppée fut le poète populaire et sentimental de Paris et de ses faubourgs, des tableaux de rue intimistes du monde des humbles.
Poète du souvenir d'une première rencontre amoureuse (« Septembre, au ciel léger »), de la nostalgie d'une autre existence (« Je suis un pâle enfant du vieux Paris ») ou de la beauté du crépuscule (« Le crépuscule est triste et doux ») il rencontra un grand succès populaire avant de tomber dans l'oubli.
11 novembre 2008
La plage


La plage étincelle, fume
Et retentit, vaste enclume
Que les vagues et le vent
Couvrent de bruit et d'écume.
Je vais, selon ma coutume,
Le long du galet mouvant,
Les yeux au large, rêvant
Quelque rêve décevant
Salé de fraîche amertume.
Avec leurs doux cris joyeux
Et leurs mines ingénues,
De beaux enfants, jambes nues,
Se mouillent à qui mieux mieux.
De loin, les suit et les gronde
Une vieille grand-maman. 
Une jeune femme blonde
Lit toute seule un roman.
Les légères mousselines
Des nuages vagabonds
Se déchirent aux collines.
Les grandes vagues félines
Se cabrent, puis font des bonds.
Et je contemple l'abîme ;
Et je voudrais, âme et corps,
Me mêler aux longs accords
Qui roulent de cime en cime
d' Émile BLÉMONT
Recueil : Les pommiers en fleur
06 novembre 2008
Le chat

C'est l'esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?
Charles Baudelaire
Les fleurs du mal
XLVII LE CHAT

04 novembre 2008
La vache tranquille
La vache tranquille

Elle paît en paix
tout doux, si doux
et plonge son museau
dans une touffe d'herbes odorante
et bien mou, si mou ...
Elle somnole,
se fout bien du voisin
avec ses vaches folles dans le coin.
Elle remâche un peu,
une expression floue
dans les yeux,
tout doux, si doux ...
Elle rêve qu'elle devient
star d'un jour
Dans un film de Fernandel
elle fait son petit tour.
Elle est la plus belle
se croit Marguerite
et avec Fernandel
à sa suite elle s'en va sur la route !
Elle broute, tout bon, si bon
et se retrouve le ventre repu
bien rond, si rond !
Poème trouvé sur internet
composé par Nadège
16 octobre 2008
Les feuilles d'automne
"Les feuilles d'automne emportées par le vent
En ronde monotone tombent en tourbillonnant."
***
Colchiques dans les près
Fleurissent, fleurissent,
Colchiques dans les près :
C'est la fin de l'été.
Les feuilles d'automne
Emportées par le vent
En ronde monotone
Tombent en tourbillonnant.
Châtaignes dans les bois
Se fendent, se fendent,
Châtaignes dans les bois
Se fendent sous les pas.
Nuages dans le ciel
S'étirent, s'étirent,
Nuages dans le ciel
S'étirent comme une aile.
Et ce chant dans mon coeur
Murmure, murmure,
Et ce chant dans mon coeur
Appelle le bonheur.
24 septembre 2008
Chant d’automne
Chant d’automne
I
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère, Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, Et, comme le soleil dans son enfer polaire, Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd. Mon esprit est pareil à la tour qui succombe Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone, Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part. Pour qui ? - C’était hier l’été ; voici l’automne ! Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
II
J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre, Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer, Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre, Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère, Même pour un ingrat, même pour un méchant ; Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.
Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide ! Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux, Goûter, en regrettant l’été blanc et torride, De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !
Baudelaire
22 septembre 2008
Pour le 1er jour d'automne
Rêves d'Automne
Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !
Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,
J'aime à revoir encore, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois !
Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits,
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !
Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui
Je me retourne encore et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !
Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu ?
Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme et m'aurait répondu ? ...
La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphyr ;
A la vie, au soleil, ce sont là mes adieux ;
Moi, je meurs et mon âme au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.
de Lamartine
(Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine)
1790-1869
27 août 2008
Le mois d'août
Le mois d'août
Ô mes frères, voici le beau temps des vacances !
Le mois d'août, appelé par dix mois d'espérances !
De bien loin votre aîné ; je ne puis oublier
Août et ses jeux riants ; alors, pauvre écolier,
Je veux voir mon pays, notre petit domaine ;
Et toujours le mois d'août au logis nous ramène,
Tant un coeur qui nourrit un regret insensé,
Un coeur tendre s'abuse et vit dans le passé !
Voici le beau mois d'août : en courses, camarades !
La chasse le matin, et le soir les baignades !
Vraiment, pour une année, à peine nos parents
Nous ont-ils reconnus : vous si forts et si grands,
Moi courbé, moi pensif - Ô changements contraires !
La jeunesse vous cherche, elle me fuit, mes frères ;
Gaîment vous dépensez vos jours sans les compter,
Econome du temps je voudrais l'arrêter. -
Mais aux pierres du quai déjà la mer est haute :
Toi, mon plus jeune frère, allons ! gagnons la côte ;
En chemin par les blés tu liras tes leçons,
Ou bien tu cueilleras des mûres aux buissons.
Hâtons-nous ! le soleil nous brûle sur ces roches ! -
Ne sens-tu pas d'ici les vagues toutes proches ?
Et la mer ! l'entends-tu ? Vois-tu tous ces pêcheurs ?
N'entends-tu pas les cris et les bras des nageurs ?
Ah ! rendez-moi la mer et les bruits du rivage :
C'est là que s'éveilla mon enfance sauvage ;
Dans ces flots, orageux comme mon avenir,
Se reflètent ma vie et tout mon souvenir !
La mer ! J'aime la mer mugissante et houleuse,
Ou, comme en un bassin une liqueur huileuse,
La mer calme et d'argent ! Sur ses flancs écumeux
Quel plaisir de descendre et de bondir comme eux,
Ou, mollement bercé, retenant son haleine,
De céder comme une algue au flux qui vous entraîne !
Alors on ne voit plus que l'onde et que les cieux,
Les nuages dorés passant silencieux,
Et les oiseaux de mer, tous allongeant la tête
Et jetant un cri sourd en signe de tempête...
Ô mer, dans ton repos, dans tes bruits, dans ton air,
Comme un amant, je t'aime ! et te salue, ô mer !
Assez, assez nager ! L'ombre vient, la mer tremble ;
Contre les flots, mon frère, assez lutter ensemble !
Retrempés dans leur sel, assouplis et nerveux,
Partons ! Le vent du soir séchera nos cheveux.
Quelle joie en rentrant, mais calme et sans délire,
Quand, debout sur la porte et tâchant de sourire,
Une mère inquiète est là qui vous attend,
Vous baise sur le front, et pour vous à l'instant
Presse les serviteurs, quand le foyer pétille,
Et que nul n'est absent du repas de famille !
Monotone la veille, et vide, la maison
S'anime : un rayon d'or luit sur chaque cloison ;
Le couvert s'élargit ; comme des fruits d'automne,
D'enfants beaux et vermeils la table se couronne ;
Et puis mille babils, mille gais entretiens,
Un fou rire, et souvent de longs pleurs pour des riens.
Mais plus tard, lorsqu'on touche aux soirs gris de septembre,
En cercle réunis dans la plus grande chambre,
C'est alors qu'il est doux de veiller au foyer !
On roule près du feu la table de noyer,
On s'assied ; chacun prend son cahier, son volume ;
Grand silence ! on n'entend que le bruit de la plume,
Le feuillet qui se tourne, ou le châtaignier vert
Qui craque, et l'on se croit au milieu de l'hiver.
Les yeux sur ses enfants, et rêveuse, la mère
Sur leur sort à venir invente, une chimère,
Songe à l'époux absent depuis la fin du jour,
Et prend garde que rien ne manque à son retour.
L'aïeule cependant sur sa chaise se penche,
Et devant le Seigneur courbe sa tête blanche.
Ecoutez-la, Seigneur, et pour elle, et pour nous !
Cette femme, ô mon Dieu, qui vous prie à genoux,
Ne la repoussez pas ! Soixante ans à la gêne,
Et toujours courageuse, elle a porté sa chaîne :
Une heure de repos avant le grand sommeil !
Avant le jour sans fin, quelques jours au soleil !
Auguste BRIZEUX (1803-1858)
(Recueil : Marie)
A propos d'Auguste Brizeux
Julien Pélage Auguste Brizeux est un poète romantique breton, né le 12 septembre 1803 à Lorient (Morbihan) et mort le 3 mai 1858 à Montpellier (Hérault). C'est cependant à Scaër (Finistère) que, le plus souvent possible, il préférera venir se ressourcer.
Il perd son père très tôt. Il fait ses études à Vannes, puis à Arras, enfin à Paris. C’est là qu’il publie son premier livre Marie, roman (1836), où il se remémore son enfance et ses amours dans la campagne bretonne. Son second livre Les Ternaires (1841), où il essaie un rythme nouveau, lui est inspiré par l’Italie, où il a voyagé en compagnie d’Auguste Barbier. Il traduit également la Divine Comédie en 1843. Sa plume revient au pays natal avec Les Bretons (1845).
Né en Bretagne bretonnante, il parle le breton cornouaillais, mais c’est en léonard qu'il choisit d’écrire sa poésie (sous l’influence de Le Gonidec). Ses poésies bretonnes (Telenn Arvor, 1844) et sa collection de proverbes (Furnez Breiz) ont été rééditées par Roparz Hemon dans la revue Gwalarn en 1929.
Il a été appelé « le prince des bardes bretons ».
23 août 2008
La tomate
Trop timide, la tomate
devient écarlate
quand on lui dit qu'elle est belle.
Un rien l'épate,
elle se dresse sur ses pattes
pour imiter les hirondelles.
Elle rêve d'avoir des ailes,
s'arrondit, se gratte,
se gonfle d'eau, se dilate,
mais à chaque fois ça rate :
aucune plume ne pousse
à son épaule tendre et douce.
La tomate échec et mat,
se résigne, s'acclimate,
mais sous son air ombrageux,
puisque le ciel est paradis perdu,
elle mijote dans son jus
d'aromates,
un songe rouge et nuageux.
Charles Dobzynski
A propos de Charles Dobzynski
Charles Dobzynski est un écrivain et poète français, né en 1929 à Varsovie. Il est Chevalier des Arts et Lettres, rédacteur en chef de la revue Europe, membre de l'Académie Mallarmé et président du jury du prix Apollinaire.








